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entretien d'embauche en seconde langue: le risque à ne pas courir de risque

 

 

Le risque à ne pas courir de risque
Le plus grand n'est pas celui que l'on suppose

FR6 19-02-2016   Auteur: Philip Wells        

L’histoire est sûrement anecdotique : après un bon début d’entretien, la candidate pour un poste de conceptrice graphique assiste à une présentation d’aperçus de la nouvelle campagne marketing de l’entreprise. Présents sont une représentante RH et le responsable de marketing. A la fin de la présentation, elle laisse un silence de plusieurs secondes avant de déclarer qu’elle souhaite retirer sa candidature : le style et le ciblage de la nouvelle campagne proposée par l’entreprise ne correspond pas au marché des produits prévus pour lancement, qui est justement sa tranche d’âge. Elle va jusqu’à décrire les grandes lignes d’une campagne en termes de tons graphiques, d’attitudes d’esprit, et des présuppositions qui pouvaient y être incorporés. Pas de réaction visible de la part de ses interlocuteurs sur le champ, mais quelques jours plus tard, une invitation à assister à un second entretien.

J’aime cette histoire pour son aspect de légende, mais aussi pour son cœur de vérité. La suite du récit que je vous ai raconté, et que la candidate n'a connu qu'au deuxième entretien, c’est le coup monté qui a fait que les "propositions" de campagne qu'on lui avait présentée avaient été choisies pour provoquer exactement sa réaction. Le responsable de marketing lui explique que les critères de sélection ne reposaient pas seulement sur des notions de design, mais également sur l’assurance nécessaire pour les transmettre. Oui, il existe des postes, et de plus en plus en montant l’échelle, pour lesquels on cherche des candidats usurpateurs. Ou bien simplement un peu bruyants avec leurs idées.

La qualité de contact est primordiale, et elle n’a rien d’irrationnelle. Pour être présent, il faut être vrai dans la mesure qu’on peut se montrer. Mais d’une façon ou d’une autre, il faut se montrer. Il est question de résolution : ceci dans son sens pur et dur, qui consiste en une vision cohérente de soi-même, et le pouvoir de démontrer à son interlocuteur qu’on est en pleine possession de la détermination et de la conviction nécessaires. Ces deux caractéristiques ne sont pas des prérequis de tous les postes, mais bien de ceux nécessitant quelque jugement ou pouvoirs discrétionnaires.

Et naturellement, au premier abord, rien n’est plus simple que décider que vous allez tout faire pour établir le bon niveau de contact par rapport à votre interlocuteur. Mais rien que cela ? Ou bien, une fois ce rapport établi, allez-vous risquer de froisser cette empathie que vous souhaiteriez tellement laisser derrière vous en partant ?

Parmi les premiers commandements des entretiens figure « tu ne prendras aucun risque inutile ». Le problème, ce n’est pas simplement le volume de matière censurable (les idées de mon responsable ? mes projets de travail qui ne finissent
Parmi les premiers commandements des entretiens figure « tu ne prendras aucun risque inutile »....Résultat ? On finit par être soi-même en version « lite ».

jamais ?), mais l’esprit qui l’accompagne. Dans certains cas, le style d’entretien est conçu pour mettre le candidat sous pression, et cela justement pour le faire sortir de sa zone de sécurité. Résultat ? On finit par être la version « lite » de soi-même.

Ce problème s’étend à toutes les circonstances professionnelles que vous ne sentiriez pas le besoin d’évoquer sauf en tant que faiblesse : un délai dépassé, un rapport difficile avec un collègue, ou l’ennui que vous ressentez à l’égard de votre poste actuel. Aucune de ces circonstances ne semblent très emballantes, mais supposons le suivant : que le délai dépassé avait eu comme résultat une amélioration des conventions avec les fournisseurs préférés, ou que le rapport difficile existait et avait été bien géré depuis un certain temps, ou que votre ennui était le résultat que vous apprenez très vite, et qu’il vous faut la stimulation des nouveaux défis ?

La réalité est que les récits de son vécu professionnel sont rarement sans équivoque - il n'y a rarement que des succès ou des défaillances. Un évènement moins que brillant dans la carrière du candidat peut tout au moins indiquer une évolution personnelle. Il faut en faire usage judicieusement, ce qui veut dire, n’en faire la déclaration que si vous jugez que votre interlocuteur est en position de comprendre. Si vous avez fini en conflit avec votre responsable parce que vous avez une autre vision des choses, cette vision mérite d’être évoquée au cours de l’entretien, sans nécessairement mentionner votre responsable.

Un entretien d’embauche est une zone de risques. Mais ce n'est peut-être qu’en les prenant que vous démontrerez de qualités excellentes qui, dans la bonne mesure, serviront à consolider votre crédibilité. Mais pouvez-vous prévoir si votre intervieweur, pour une raison qui pourrait être moral, technique, ou simplement personnelle, ne partage pas votre vision des choses ? Vous ne pouvez tout simplement pas limiter ce risque. Et les transformations de vie, autant que les espoirs qui se rattachent aux entretiens, ne fait rien pour nous en augmenter le goût.

Pour forger un bon contact avec l’intervieweur il vous faudra, dans des manières bien précises, et des degrés de risque bien jugés, vous impliquer. Et de là, le risque beaucoup plus important qui vous attend si vous cédez à la tentation de fournir des réponses « formule », pour vous fondre ensuite dans la majorité des candidats qui ont décidé de prendre exactement ce chemin-là.
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